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Engagement sociétal + Dirigeants + Réseaux Sociaux = une équation impossible ?

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#MeToo, #BalanceTonPorc, #MaintenantOnAgit… L’engagement contre les violences faites aux femmes a été un des sujets emblématiques de l’année 2017 et perdure avec ferveur en 2018. Actrices, auteures, journalistes, politiques et leaders d’opinion ont participé à mobiliser le grand public en France et à l’international, et appelé à l’action à l’occasion de moments forts. Cela sera à nouveau le cas ce soir lorsque la Tour Eiffel s’illuminera aux couleurs du mouvement #MaintenantOnAgit la veille du 8 mars, journée internationale de lutte des femmes, pour l’égalité des droits, en présence d’un parterre de personnalités.

Alors quid du côté des femmes dirigeantes connectées ?

Lorsqu’on analyse la ligne éditoriale des dirigeantes les plus influentes sur les réseaux sociaux en France, le sujet de l’engagement sociétal revient de manière récurrente. Les femmes dirigeantes assument clairement leurs prises de position. C’est ainsi que l’ancienne patronne des patrons, Laurence Parisot, partage au moins une fois par semaine à ses plus de 47,6 K followers son engagement en faveur des femmes. Et ce n’est pas son unique combat : elle prend régulièrement position sur des sujets qui interpellent le grand public comme la politique de Theresa May, le Brexit, la NRA …

Laurence Parisot

Tout comme Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, qui partage régulièrement ses idées sur l’égalité hommes/femmes, et n’hésite pas à participer à des événements médiatiques, un des plus récents étant un événement d’hommage aux victimes de la Shoah. Ses engagements sont intrinsèquement liés à sa vie de dirigeante et c’est d’ailleurs ce qui la caractérise dans tous les portraits que l’on fait d’elle.

Delphine Ernotte

Autre cas d’école : Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, qui assume le caractère inédit de sa fonction en rappelant régulièrement qu’elle est “la première femme française à diriger un groupe du CAC 40”. Témoin de choix pour les femmes dirigeantes, elle prend également la parole sur des sujets qui, pour certains, dépassent sa fonction de patronne d’un groupe international et n’hésite pas à mettre en lumière les doutes et les préjugés relatifs à la gestion entre vie professionnelle et vie privée d’une dirigeante.

Si elles sont moins présentes sur les réseaux sociaux en tant que patronnes, c’est bien parce qu’elles ont moins accès aux postes à responsabilité, mais – contrepoids intéressant à cet état de fait – elles fédèrent beaucoup plus que leurs homologues masculins.  À ce propos, la présidente de Change.org, Jen Dulski, explique que les pétitions lancées sur la plateforme par les femmes sont moins nombreuses, mais elles prennent plus rapidement d’ampleur que celles portées par des hommes : “Elles sont plus efficaces pour trois raisons : elles savent porter des histoires convaincantes, mobiliser leurs réseaux et elles sont persévérantes”.  

Mais où sont les hommes ?

Vision business, actualités corporate, rencontres stratégiques… La ligne éditoriale des dirigeants masculins a souvent des traits communs, d’un secteur à un autre. Sur les sujets d’engagements sociétaux, le mot d’ordre semble être “prudence”. Si l’on aborde plus particulièrement la question de l’égalité hommes-femmes, leur engagement en tant que patron connecté est plutôt timide, notamment en France, sur les réseaux sociaux.

C’est le cas du premier dirigeant français connecté, Stéphane Richard. Le CEO d’Orange est ainsi suivi par 56,2 K followers, à qui il propose une ligne éditoriale très corporate. Il commente l’actualité quand il s’agit de faits peu engageants et populaires (ex. décès de Johnny Hallyday), et prend la parole sur des événements tragiques qui rassemblent les Français – notamment lorsqu’il y a un impact direct sur les effectifs d’Orange -, à l’image de l’attentat de novembre 2017, en Égypte.

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C’est également le cas de Jean-Pascal Tricoire, le président et directeur général de Schneider. Soutenu sur les réseaux sociaux par un peu moins de 11 000 personnes, sa ligne éditoriale est dédiée à son entreprise, et plus d’un post sur deux qu’il écrit contient une mention au compte officiel de son groupe. Il a choisi de s’engager, via son entreprise, pour la parité hommes-femmes, au travers de l’association #HeForShe. Son engagement est étroitement lié à ceux de son entreprise, partenaire du mouvement. Rappelons que 20% des collaborateurs masculins ont signé l’appel en ligne de #HeForShe.

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Dernier exemple, mais la liste est longue : Frédéric Oudéa, PDG de la Société Générale est un fervent porte-parole des actualités de son entreprise… au détriment du reste ! Il ne s’exprime que très peu sur ses engagements, qui sont majoritairement portés par la Fondation, les comptes corporate, mais aussi les collaborateurs. Il se positionne néanmoins discrètement (= à travers des retweets) comme un relai de l’engagement de son entreprise appuyé par … ses collaboratrices féminines, une fois de plus ! 

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Pour conclure, les dirigeants français observés semblent relativement discrets et consensuels sur les actualités et sur leurs engagements… À la différence de leurs pairs ♀ !

Ces remarques semblent cependant propres aux dirigeants de l’Hexagone, puisque de l’autre côté de l’Atlantique leurs homologues s’engagent plus facilement sur les réseaux sociaux. Les CEO de Tesla et Goldman Sachs se sont, par exemple, opposés au retrait des Etats-unis du traité de Paris.

Nos cousins américains seraient-ils une nouvelle fois précurseurs de l’engagement des CEO via les réseaux sociaux ? Il semblerait.

L'auteur Victor Ancheș